Parfaitement imparfait

Parfaitement imparfait  !

grossesseÇa va être magique quand tu la verras.
Tu vas tomber en amour au premier regard.

Tant de phrases qu’on m’avait dites durant ma grossesse qui m’avaient persuadée que les premiers instants avec ma fille seraient des moments de pur bonheur. Qu’après la douleur de l’accouchement, tout serait PARFAIT. Tout le monde semblait s’accorder sur ce point, alors pourquoi en serait-il autrement ?

Vint le jour J, cette fameuse journée où tu sais que ta vie va changer à tout jamais, sans mesurer l’ampleur du changement. J’étais assez zen, en contrôle. J’étais bien entourée. Tout serait PARFAIT.

Je suis restée centrée les premières heures de travail. Je parlais à ma fille, je la visualisais, nous étions connectées. Puis, tout a dérapé. La douleur était si vive que d’un seul coup, cette confiance qui m’habitait a disparu. Je me suis mise à anticiper, à avoir peur. Je restais concentrée sur le fait que dès que je verrais mon bébé, cette douleur ferait place au pur bonheur. Tout serait PARFAIT.

Dernière poussée, ça y est ! J’anticipais cet élan de bonheur, mais à la place, ce que je ressentais, c’était un vide. Un vide immense. La partie de moi avec laquelle j’étais si connectée dans les derniers mois venait de me quitter d’un seul coup. Je me sentais aspirée de l’intérieur. Puis, on m’a tendu mon enfant. J’ai pris maladroitement ce petit être encore tout chaud. Elle était effectivement parfaite. Une petite tête bien ronde, de beaux grands yeux éveillés et curieux. Mais je ne ressentais pas ce WOW. C’était si étrange. Tout cela me paraissait irréel. Quand était-il censé arriver ce grand bonheur, ce sentiment exaltant ? Tout semblait décalé, un grand vertige.

J’ai tenté de la mettre au sein, elle refusait de boire et je n’avais pas de lait. « Qu’est-ce qui se passe ? C’était censé être parfait ! » Je ne savais pas quoi faire. Je ne savais pas comment faire.

Ma tête s’emballe. Mon cœur s’emballe. Je pleure, et pleure. Ma fille pleure, et pleure.

Les jours suivants, plein de gens bienveillants me disaient « Elle est magnifique, tu dois déborder d’amour ». Je souriais, elle était effectivement magnifique et oui, je savais que je l’aimais. Mais comment leur dire que je n’arrivais pas à ressentir cet élan d’amour incroyable? Que j’avais mal partout. Que je me sentais vide. Que tout allait trop vite. Que je me sentais nulle aussi et que je n’étais pas sûre du tout si je ne venais pas de faire une gaffe en devenant maman.

J’étais complètement déconnectée. Et crevée. J’agissais comme une automate et j’essayais de trouver en moi cet instinct maternel qui ne venait pas. J’avais envie qu’on me dise quoi faire et comment faire. On me disait « C’est toi qui sais ce dont ton enfant a besoin ». « Non justement, je ne sais pas. Comprenez-vous ? Je ne sais pas du tout !!! »

Mon cœur hurle, mon corps hurle… mon âme hurle aussi. Et plus je pleure, plus ma fille pleure.

J’ai eu envie de me pousser. Loin. Seule. J’ai rejeté cette pensée dans un coin de ma tête, envahie par la honte et la culpabilité de juste avoir permis à la pensée de me traverser l’esprit. Quelle mère peut se permettre de penser ça ?

Alors je me suis mise à lire et à me renseigner sur Internet pour tenter de contrôler ma situation. Mon cerveau avait besoin de connaissances et vite ! Je cherchais le manuel d’instructions de ma fille. Je lisais jour et nuit et je testais plein de trucs, jusqu’à faire la danse des coliques (eh oui, il existe vraiment une danse des coliques). J’ai appris le langage des bébés, la technique de l’emmaillotement, la charmeuse de bébé, etc. Je gérais la maternité comme je gérais une session d’université et je passais l’examen théorique à coup sûr ! Pourtant, ma fille pleurait autant. Et moi aussi.

Puis, un déclic s’est fait. J’étais tellement à bout de souffle, je n’avais plus de larmes ni d’énergie, alors j’ai fait quelque chose de merveilleux : j’ai LACHÉ PRISE. Au lieu de fuir, j’ai pris mon bébéi, on s’est bercés et j’ai fermé les yeux, en laissant couler mes dernières larmes. Ma fille pleurait et je ne tentais plus de l’arrêter, au contraire. Je lui chuchotais avec amour que c’était correct de pleurer et de se laisser aller. Et moi, je respirais doucement. J’ai ressenti une énergie enveloppante et ma fille l’a ressentie aussi, car elle s’est calmée.

Tout est devenu clair. Cet amour inconditionnel que j’attendais avec tant d’impatience était là tout ce temps. Or, j’étais fermée à le ressentir, trop préoccupée par mon égo imparfait et mon mental qui voulaient tout contrôler. Cet amour n’est pas une émotion forte comme je m’y attendais. C’est une connexion parfaite entre ma fille et moi, un lien cœur à cœur à un autre niveau, intuitif.

À cet instant, j’ai compris aussi que j’étais effectivement la mieux placée pour comprendre ce dont ma fille avait besoin. On ne m’avait juste pas expliqué comment. J’étais dans le « faire » et je cherchais dans ma tête, alors que c’est dans le cœur que ça se passe. C’est une intuition pure, une fluidité dans nos énergies, pas de la théorie !

À ce moment, j’ai ressenti avec mon bébé une harmonie encore plus forte que quand elle était dans mon ventre. Et j’ai compris ce que signifie être un « parent conscient ».

L’âme de ma fille avait besoin de communiquer, mais elle était prise dans ce petit corps de bébé. Sa seule façon d’entrer en relation, c’était de m’obliger à me connecter à l’intérieur. Et comme j’étais prise dans le mental, elle « pleurait à s’en fendre l’âme » (expression étrangement de circonstance quand on y pense), jusqu’à me forcer à revenir à l’essentiel, à moi. Ce n’est qu’une fois qu’elle a réussi à passer à travers toutes mes couches de protection de l’égo et du mental que nous avons pu entrer en connexion et retrouver ce lien que nous avions avant sa naissance.

J’ai compris que je suis un « parent conscient » et que ma fille est une « jeune sage », que nous vivons une connexion d’amour inconditionnel à un autre niveau et que tout est PARFAITEMENT IMPARFAIT.


Qui est Véronique Clément ?

Véronique-ClémentVéronique a elle-même été élevée par des parents conscients. Aujourd’hui, elle tente à son tour d’accompagner sa jeune sage dans cette belle aventure qu’est la vie. Ensemble et en famille, elles continuent de grandir et de s’apprendre mutuellement, dans l’amour et le respect. Véronique est une femme qui aime foncer et relever des défis en inspirant les gens à rêver et à se réaliser à leur tour. Visiter le site Internet de Véronique Clément.